Après trois ans de travaux et l’analyse de plus de 2 500 études scientifiques, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) vient de publier un rapport majeur sur la toxicité de la cigarette électronique.
Un rapport très attendu, surtout quand la majorité des français fait facilement l'amalgame entre la vape, le tabac et confondent trop souvent les dangers qui en découlent.
Pourtant, ses conclusions sont claires, nuancées et scientifiquement solides.
Non, le vapotage n’est pas sans risque.
Mais non, il n’est pas équivalent au tabac.
Lire le rapport complet de l'ANSES (720 pages)
Faisons le point, simplement.
Une expertise scientifique sans précédent
L’ANSES ne s’est pas contentée d’un avis rapide.
Pendant trois ans, ses experts ont passé en revue 2 500 publications scientifiques, pour finalement en retenir 112 études jugées suffisamment solides.
Les chercheurs ont analysé quatre grands axes :
- Les effets cardiovasculaires
- Les effets respiratoires
- Les effets cancérogènes
- Les effets chez la femme enceinte et la descendance
Chaque effet a été classé selon un niveau de preuve :
avéré, probable, possible ou insuffisant : une distinction essentielle pour comprendre le rapport.
Vape et tabac : une différence de risques clairement établie
Premier message fort du rapport :
Les risques liés au vapotage sont systématiquement inférieurs à ceux du tabac fumé.
Pourquoi ?
Parce que la cigarette électronique ne repose pas sur la combustion, principale source de substances toxiques et cancérogènes dans la cigarette traditionnelle.
L’ANSES est très claire :
- Les effets du tabac sont avérés, massifs et bien documentés
- Ceux du vapotage sont plus faibles, souvent possibles ou probables, mais jamais équivalents en gravité
Mettre la vape et la cigarette au même niveau est scientifiquement faux.
Effets cardiovasculaires : vigilance, surtout liée à la nicotine
À court terme
L’ANSES observe des effets possibles après une exposition ponctuelle :
- Augmentation du rythme cardiaque
- Hausse temporaire de la pression artérielle
- Modifications transitoires de la fonction des vaisseaux sanguins
Des effets attribués à la nicotine, également observés avec les patchs ou gommes nicotiniques.
À long terme
Aucune étude ne permet aujourd’hui de démontrer un lien de causalité entre vapotage et :
- Hypertension chronique
- AVC
- Maladies coronariennes
Les experts le rappellent clairement :
aucune maladie cardiovasculaire chronique n’a été attribuée formellement à la cigarette électronique.
Effets respiratoires : pas de preuve de maladies chroniques
Sur les pathologies respiratoires (asthme, bronchite, BPCO), l’ANSES adopte une position prudente :
- Les données sont insuffisantes pour établir une causalité
- Les études sont souvent trop courtes
- Le passé tabagique des vapoteurs complique l’analyse
À ce stade, aucune preuve solide ne permet d’affirmer que la vape provoque des maladies respiratoires chroniques.
Cancer : aucun cas observé après 15 ans de vapotage
C’est un point clé du rapport.
Aucun cancer n’a été observé chez les vapoteurs, ni chez l’humain, ni dans les études animales.
Certaines études montrent des modifications biologiques précoces, mais :
- Elles ne permettent pas de prédire un cancer
- Elles n’établissent aucun lien de causalité
- Le recul est encore trop faible (le vapotage existe depuis environ 15 ans)
L’ANSES appelle donc à la vigilance, sans alarmisme.
Grossesse : arrêter de fumer reste la priorité absolue
Chez la femme enceinte, le message est sans ambiguïté :
- L’arrêt du tabac est indispensable
- Les substituts nicotiniques sont à privilégier
- Si l’arrêt échoue, la cigarette électronique peut être envisagée comme alternative, dans une logique de réduction des risques
Les effets observés sur la descendance sont possibles, principalement liés à la nicotine, et issus d’études animales.
Là encore, les risques existent, mais restent inférieurs à ceux du tabac fumé.
Vapotage vs tabac : une réduction massive des substances toxiques
L’ANSES a également comparé l’exposition à certains aldéhydes toxiques :
Résultat :
- Le vapotage réduit l’exposition à ces substances de 80 à près de 100 % par rapport à la cigarette
- Le tabac expose quasi systématiquement à des niveaux à risque
- Le vapotage réduit fortement cette exposition, même si elle n’est pas nulle
Moins toxique ne veut pas dire inoffensif, mais la différence est majeure.
Une perception du public totalement erronée
C’est l’un des constats les plus forts du rapport.
Aujourd’hui, la majorité des Français pensent que la cigarette électronique est aussi dangereuse, voire plus dangereuse que le tabac.
L’ANSES affirme clairement que cette perception est fausse et recommande aux pouvoirs publics de mieux informer la population.
Une reconnaissance implicite que la communication actuelle a échoué.
Le message final de l’ANSES (et que nous partageons)
- La vape n’est pas un produit pour les non-fumeurs
- Pour les fumeurs, c’est un outil de réduction des risques
- Le double usage (vape + cigarette) doit être évité
- Le vapotage doit être encadré, pas diabolisé
Comme le rappelle l’ANSES :
Moins risqué que le tabac ne signifie pas sans risque.
Mais nier la réduction des risques, c’est ignorer la réalité de millions de fumeurs et un levier concret de santé publique.